Dithyrambe pour Dionysos de Béatrice Kordon - 2007

Dionysos le dieu du vin, fils de Zeus et d’une simple mortelle, est l’être le plus singulier de la mythologie grecque. Mi-homme mi-dieu, ni homme ni dieu, tout à la fois mortel et immortel, Dionysos nous ouvre à un monde où les identités ne sont pas tranchées et le temps non linéaire. Au-delà de l’histoire, le film cherche à retrouver le sens du geste mythique – recréer, à partir d’une réalité contemporaine, un récit intemporel, an-historique, évoquant les rapports que l’homme entretient avec le monde.

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Dithyrambe pour Dionysos
Avec la nuit reviendra le temps de l’oubli
De Béatrice Kordon




Ce n’est pas pour rien qu’il y a aujourd’hui un vignoble d’appellation contrôlée sur les flancs du mont Olympe en Grèce, juste au dessous de la mythique demeure des Dieux de l’Antiquité.

C’est bien sûr pour que nul n’oublie que les Grecs anciens nous ont fait ce cadeau définitif : le vin, sa culture, son adoration, l’oubli de soi dans la fête et l’ivresse libératoire, souvent créatrice (pour mémoire, le cadeau peut se révéler empoisonné si abus - note du Ministère de la Santé).
Son culte a été célébré sous les traits du dieu Dionysos (Bacchus pour les Romains). Dionysos, rebelle voyageur, bâtard divin, est l’objet d’un culte orgiaque et solennel. Les incantations, chants, danses et bien sûr les abondantes libations en l’honneur du dieu auraient enfanté la Tragédie, selon Aristote et Nietzsche.

Pour ceux qui n’auraient jamais fait le voyage initiatique vers les sources, le film de Béatrice Kordon nous plonge hardiment au cœur des ténèbres originelles, au berceau du pouvoir de la divinité, à l’endroit ou les forces terribles de la nature se déchaînent, s’affrontent et, ignorant superbement notre humbre condition humaine, déploient le spectacle impressionnant de leur arguments.

D’abord le son, terrible dans l’obscurité. L’orage se répand de la mer aux coteaux et seuls les éclairs tirent d’une nuit noire quelques fragments de paysages courbés sous la tourmente, subissant stoïquement les assauts de la pluie. Lentement, inexorablement, l’orage instaure son ordre, et du sein des ténèbres bouleversées, se mêlant au vacarme du tonnerre, des incantations s’élèvent pour dire à la face du monde une naissance.

Car le film somptueux que Béatrice Kordon a patiemment élaboré sur plus de deux années, place la naissance de Dionysos dans les collines et les terrasses du pays de Banyuls dans le Roussillon. Seuls quelques mots rares, inscrits sur les images de l’orage nous relient au mythe originel, mais la construction de ce magnifique récit en images épouse les étapes de la légende.

Sémélé était une belle mortelle dont Zeus était tombé amoureux. Mais apprenant que sa rivale était enceinte, Héra, l’épouse de Zeus à la jalousie légendaire, imagina une vengeance à la mesure de l’affront. Elle fit persuader Sémélé de demander à Zeus de se montrer à elle dans sa divinité. Ce que Sémélé ignorait, c’était qu’aucun mortel ne pouvait soutenir ce spectacle sans en être consumé dans l’instant. Sémélé ayant fait sa demande à son divin amant, celui-ci se découvrit. Voyant Sémélé se consumer, Zeus eut le réflexe de se saisir de l’enfant dans son ventre et de le placer à l’abri dans sa cuisse. C’est ainsi que naquit Dionysos, quelque temps après, de la cuisse de Zeus.

C’est dans une atmosphère lourdement chargée d’orage que Dionysos est né et c’est donc en toute légitimité que Béatrice Kordon place sous le signe de l’orage et de la nuit son film dédié au travail de la vigne et au soin du vin.
Son cinéma incantatoire donne toute leur noblesse au travail et au corps des hommes dans le cycle des opérations qui mènent de la plantation de la vigne, du soin de la terre, de la cueillette des grappes, du tri des grains, du pressage du raisin, du suivi attentif de la fermentation, à la dégustation du vin et à la fête.

Qu’on ne se trompe cependant pas. La force elliptique des débuts est conservée et le film tire de chacune de ces séquences une quintessence qu’un montage sobre, qui n’oublie jamais de généreusement travailler le son et l’image dans le même geste, mène à sa fin nécessairement emportée par la loi cyclique du temps qui nous régit.

L’inscription des paysages dans une perspective longue comme les aimait Braudel, l’historien de la Méditerranée, est soulignée par l’utilisation opportune du Super 8 au tournage. Les images oscillent entre passé et présent, comme leur support entre gélatine et électronique, dans une présence plastique d’emblée intemporelle.

On pense au travail rigoureux de Vittorio De Seta, ce cinéaste italien qui avait livré autour des années 1950 en Italie un cinéma stupéfiant de beauté et de dignité, magnifiant par l’utilisation du Cinémascope et de la couleur le travail simple des paysans et des mineurs du Sud de la péninsule. Et par une sorte d’attraction pasolinienne (le Pasolini de l’Evangile selon Saint Mathieu), la beauté sèche des paysages méditerranéens de Dithyrambe pour Dionysos nous fait retrouver le chemin de l’interrogation devant le monde, et nous engage à faire résonner en nous-mêmes les vibrations des dithyrambes, ces chants qui accompagnaient le culte ancien de Dionysos.

Ce profond retournement des perceptions, comme le labourage d’une terre longtemps en jachère, que propose ce cinéma troublant, sensible, vibratoire et sensuel, est l’expérience offerte à tout spectateur prêt à accepter la proposition résolue que lui fait Béatrice Kordon.


Hervé Nisic

Revue IMAGES documentaires n° 64
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